En Chantier
L'ATELIER VOLANT de Valère NovarinaAprès L'Animal du temps (2004), L'Inquiétude (2005), Pour Louis de Funès (2008), nous poursuivons l'exploration du " théâtre utopique " de Valère Novarina. Manifestant le désir d'un théâtre fondé sur l'expérience singulière de l'acteur et la mise en chair de la parole nous mettons en œuvre cet hommage posthume à Louis de Funès. "Huit employés, tellement privés d'identité qu'ils sont appelés dans la pièce par les lettres de l'alphabet, vivent sous la parfaite domination des époux Boucot. Les patrons sont obsédés par la peur d'une révolte des travailleurs et élaborent divers stratagèmes pour contrôler tous les aspects de leur vie et principalement le langage." V.N.Cette première pièce de Valère Novarina, écrite de février 1968 à décembre 1970 inaugure un long creusement dans le " théâtre de la parole " généreux, fécond, habité par l'acteur, éclairé par lui, écrit à son intention. La Lettre aux acteurs a été écrite pendant la création en 1973-74. Nous présenterons la Lettre aux acteurs dite par un acteur, en accompagnement des représentations, ou les précédant.
Valère NovarinaAuteur dramatique né en 1947 sur les bords du Léman, Valère Novarina occupe, sur la scène contemporaine de l'écriture théâtrale, une place originale. Son oeuvre, soutenue par un rapport problématique de la langue et du corps, explore depuis ses débuts - L'Atelier volant 1970 - les limites et la possibilité de l'expression dramatique.La période récente marque la reconnaissance d'une recherche ou, pour mieux dire, d'une obstination, demeurée longtemps peu connue du grand public. Derniers textes créés par l'auteur : L'Origine rouge en 2000, La Scène en 2003, L'Acte inconnu (festival d'Avignon 2007). En 2006, il entre au répertoire de la Comédie Française avec la création de L'Espace furieux. L'œuvre écrite de Valère Novarina est éditée par P.O.L.
L'histoire de L'Atelier volant :La pièce commence par un recrutement. Un premier jour. M. et Mme Bouche recrutent des ouvriers en fonction d'un seul et même critère : rentabilité.Voilà le deuxième jour : M. et Mme Bouche se cassent les dents sur l'os de la contestation. Les ouvriers rouspètent. Ils les envoient en vacances pour les calmer...Troisième jour: ils reprennent, râlent et renâclent. Ils ne gagnent pas assez. Alors, Mme bouche infiltre le milieu ouvrier et tente de les endormir. En vain. Bouche décide de leur parler.Quatrième jour: M. et Mme Bouche organisent des jeux, genre télévision. Et comme les ouvriers ne maîtrisent pas la langue, le bagou, la gouaille, l'art de l'argumentation et de la répartie; on leur file un film d'amour et on les endort.Le cinquième jour. Bouche a une idée. S'il pique le chapeau de l'homme au mât, il le duplique et le produit. Loupé. Le chapeau ne se vend pas. Mais il y a une solution: le gaz qui fait perdre les cheveux. Les ouvriers n'ont plus un poil sur le crâne. Ils achètent des chapeaux. Le tour est joué. L'usine repart. Bouche reprend le pouvoir. Sixième jour. Sans cheveu, on réfléchit quand même. La révolte gronde. Le complot. Il faut exterminer Bouche. Mais celui-ci (et madame, récurrente madame) se déguisent et passent entre les mailles. Ils organisent une belle loterie. Mme Bouche, Vénus sensuelle et sexuelle, séduit l'homme objet. Il tombe de l'échafaudage.Septième et dernier jour. L'homme au mât pique une crise. Il harangue. Mobilise. Bouche et le docteur tentent de le faire descendre. Il n'en peut plus. Il se jette en bas. Tout va bien, tout est rentré dans l'ordre. Le calme. La sérénité et tout le reste. Fin de l'histoire ?
" Cet atelier volant vole bas, faut l'dire… Parce que ce n'était pas seulement un raccourci perspicace sur l'usine du monde, mais une descente aussi et en même temps dans l'usine dedans. Ca n'est pas vraiment vu de l'extérieur tout ça, pour la bonne raison que celui qui tenait l'crayon n'avait jamais mis les pieds dans aucune fabrique, et qu'il n'y a pas de visite à faire pour trouver d'l'oppression, mais simplement vouloir bien descendre un peu dans son corps. Courage ! Bon. Et puis, L'Atelier volant il démonte un peu la mécanique sociale, mais il montre surtout ses maladies. Maladies de l'acteur. Défilons, montrons nos culs à la bête troupe des bien-portants ! " J'leur montre comme je meurs "
Extrait de La Lettre aux acteurs
Société, corps et Verbe !Un poème dramatique sur l'usine du monde
Cette joyeuse fable politique met en scène le drame de la parole. L'Atelier volant raconte le jeu des langages et des discours dans la société de consommation d'après 1968. Enjeu de la lutte pour le pouvoir, la conquête des langages corrompt la société et les corps des acteurs…De la lutte des classes à l'usine du dedans…
L'usine du monde - vue à travers le prisme de la contestation 1968 - montre les maladies du corps social et démonte les mécanismes d'oppression ou d'exclusion. Critique radicale du discours de la consommation et des mécanismes langagiers qui installent l'exploitation et la répression. A travers le grand cirque mis en place par l'infernal couple Boucot, L'Atelier volant raconte les aliénations en société et celles qui jouent dans le corps de chacun. Mais sous le jeu - sous les pavés - le poème nous entraîne dans une dangereuse descente dans l'usine du dedans… L'acteur montre ses maladies à la troupe des spectateurs bien-portants. Il vient naître et mourir sur le plateau du théâtre, étrange victime de la folie du verbe et de ses possessions.Farce sociale autant que politique, fable métaphysique, L'Atelier volant appelle le jeu d'acteur, l'adresse directe au spectateur et le sollicite pour un vertigineux travail de l'imaginaire.Une troupe mutique de verbigérateurs !
Nous réunissons une troupe d'acrobates du verbe, mutiques et vélociparlistes. Sur le stade d'action, il s'agit non de représenter mais de se dépenser, sans compter. Jeu d'acteur et travail sur la présence, le spectacle promène les langues ambulatoires sur la piste et jusque dans les corps des spectateurs. Scénographie et Lumière apportent leur concours pour favoriser ce voyage dans la matière et préparer les espaces où ça va danser. Espace et parole sont indissociables dans le théâtre proposé par Valère Novarina.Expérience sensorielle dans laquelle le burlesque, l'économie politique et la métaphysique s'entrechoquent joyeusement, cet Atelier volant est une périlleuse navigation dans le drame de la parole et représente la catastrophe rythmique qu'est le monde…Accompagnant L'Atelier volant, nous présenterons la Lettre aux acteurs, poursuivant ainsi la navigation dans le théâtre utopique de Valère Novarina et agitant ce texte comme un fanal dans le passage vers la nuit. Pour partager avec les spectateurs le plaisir de l'exploration et du travail avec les acteurs…Renaud Lescuyer, novembre 2008 " Le monde est une catastrophe rythmique "
VALERE NOVARINA


